RunningComprendre son corps (Physiologie)

Seuils SV1 et SV2 : comprendre et utiliser ses zones d'effort

SV1, SV2, seuil anaérobie, zones d'effort : on démêle ces notions souvent confuses. Comprends ce qui se passe dans ton corps à chaque seuil, apprends à les repérer sans matériel de labo, et sers-t'en pour calibrer tes allures d'entraînement.

SUUB
13 juin 2026
Coureur à l'allure seuil sur piste, illustrant les zones d'effort SV1 et SV2

Tu entends parler de SV1, SV2, de seuil anaérobie, de zones d'effort — sans jamais savoir à quoi ça correspond vraiment ? Cet article démêle ces notions une bonne fois, t'explique ce qui se passe dans ton corps à chaque seuil, et te montre comment les repérer pour calibrer tes allures.

Un seuil, c'est quoi exactement ?

Un seuil, en physiologie de l'effort, c'est une intensité à partir de laquelle ton organisme change de régime de fonctionnement. Tant que tu cours en dessous, ton corps tient un équilibre. Au-dessus, quelque chose bascule et l'effort devient progressivement intenable.

Ce « quelque chose », c'est surtout la gestion du lactate. Quand tu accélères, tes muscles produisent davantage de lactate. À faible intensité, tu l'élimines aussi vite que tu le produis : l'équilibre tient. Plus tu montes en intensité, plus deux points de bascule apparaissent. Ce sont eux qu'on appelle les seuils.

C'est là que le vocabulaire sème la confusion. On parle de seuil lactique (mesuré par une prise de sang), de seuil ventilatoire (mesuré via la respiration et les échanges gazeux), et de seuil anaérobie. Ce ne sont pas trois choses différentes : ce sont des manières différentes de repérer les mêmes transitions physiologiques. Le terme « anaérobie » est d'ailleurs imparfait — l'effort n'est jamais totalement privé d'oxygène — mais il reste très répandu pour désigner le second seuil.

À retenir
Il n'y a pas « un » seuil, mais deux bascules principales. Les noms changent selon la méthode de mesure, mais ils décrivent les mêmes moments où ton corps change de régime.

SV1 et SV2 : les deux bascules de ton effort

SV1, le premier seuil ventilatoire, marque le moment où le lactate commence à s'élever au-dessus de son niveau de repos. Tu n'es plus dans le tout-confort, mais l'effort reste largement soutenable : tu peux encore parler par phrases courtes. C'est la frontière haute de l'endurance fondamentale.

Repères indicatifs pour SV1 :

  • Environ 70 à 80 % de ta VMA
  • Environ 75 à 85 % de ta fréquence cardiaque maximale
  • Lactatémie autour de 2 mmol/L

SV2, le deuxième seuil ventilatoire, est le point où le lactate s'accumule plus vite que ton corps ne peut l'éliminer. Au-delà, l'effort devient une course contre la montre : l'acidité monte, et tu ne tiens plus très longtemps. SV2 correspond à peu près à l'état stable maximal de lactate — l'allure la plus élevée que tu peux maintenir sans que le lactate ne grimpe en continu.

Repères indicatifs pour SV2 :

  • Environ 80 à 90 % de ta VMA
  • Environ 85 à 92 % de ta fréquence cardiaque maximale
  • Lactatémie autour de 4 mmol/L
  • Tenable, à fond, de l'ordre de 30 à 60 minutes selon le niveau

Une précision honnête : ces valeurs sont des fourchettes indicatives, pas des vérités universelles. Les repères « 2 et 4 mmol/L » sont des conventions pratiques, et elles font débat dans le milieu scientifique précisément parce que chaque coureur a sa propre physiologie. Deux athlètes de même VMA peuvent avoir des seuils très différents.

Pourquoi les seuils pilotent ton entraînement

La VMA, c'est ton plafond — l'intensité à laquelle tu plafonnes ta consommation d'oxygène (ta VO2max, en quelque sorte la cylindrée de ton moteur). Mais sur une course de 10 km, un semi ou un marathon, tu ne cours jamais à VMA. Tu cours nettement en dessous, pendant longtemps.

C'est exactement là que les seuils entrent en jeu. SV2 détermine l'allure que tu peux tenir sur la durée — il prédit souvent mieux ta performance en endurance que la VMA seule. Deux coureurs de même VMA n'auront pas les mêmes chronos si l'un sait soutenir 90 % de sa VMA et l'autre seulement 80 %.

Et la bonne nouvelle, c'est que les seuils se déplacent à l'entraînement. Progresser, ce n'est pas seulement augmenter sa VMA : c'est surtout repousser ses seuils pour soutenir un pourcentage plus élevé de son potentiel.

Les seuils définissent aussi tes trois grandes zones d'effort : en dessous de SV1, entre SV1 et SV2, et au-dessus de SV2. C'est cette logique qui structure une vraie planification.

À retenir
La VMA dit jusqu'où tu peux monter. Les seuils disent ce que tu peux tenir. Pour la plupart des courses, ce sont les seuils — surtout SV2 — qui font la performance.

Comment repérer tes seuils sans laboratoire

La mesure de référence reste le test en laboratoire (analyse des gaz expirés ou prélèvements de lactate). Faute de labo, plusieurs repères de terrain donnent une estimation utile — imparfaite, mais exploitable.

Le test de la parole, simple et fiable :

  • À SV1, tu peux encore parler par phrases courtes, un peu hachées.
  • À SV2, tu n'arrives plus à sortir que quelques mots. Au-delà, plus rien.

L'estimation par la VMA, si tu connais la tienne (voir l'article dédié) : pour beaucoup de coureurs, l'allure SV2 se situe autour de 85 à 90 % de la VMA. À ajuster selon tes sensations.

Un test de terrain plus précis pour SV2 : cours un contre-la-montre de 30 minutes, seul et à fond, sur terrain plat. La fréquence cardiaque moyenne de tes 20 dernières minutes approche ta FC au seuil SV2. C'est une estimation, pas une mesure absolue — mais c'est un point de départ solide.

Limite importante : la fréquence cardiaque dérive avec la fatigue, la chaleur et l'hydratation. Ne fige jamais tes zones sur une seule sortie. Et la formule « 220 moins l'âge » pour la FC max est une approximation grossière, à ne surtout pas prendre pour argent comptant.

Traduire tes seuils en séances concrètes

Une fois tes deux seuils estimés, tu disposes de trois zones de travail :

  • Sous SV1 — endurance fondamentale, footing, récupération. C'est là que doit se passer la majorité de ton volume.
  • Entre SV1 et SV2 — allure tempo / seuil. Utile, mais tu ne peux pas y vivre.
  • Au-dessus de SV2 — travail de VMA et fractionné court, dur et bref.

Quelques séances types orientées seuil :

  • Seuil continu : 20 à 30 minutes à allure SV2, en bloc.
  • Seuil fractionné : 3 à 4 fois 8 minutes à SV2, avec 2 minutes de récupération entre les blocs.
  • Tempo : 40 à 60 minutes à une allure soutenue mais confortable, proche de SV1.

Exemple chiffré. Prenons une coureuse à 16 km/h de VMA. Son allure SV2 estimée tourne autour de 14 km/h (≈ 88 % de VMA). Une séance de seuil fractionné pour elle : 4 × 8 min à 14 km/h, récup 2 min en footing lent. Concret, mesurable, reproductible d'une semaine à l'autre pour suivre sa progression.

Les erreurs classiques

Confondre seuil et VMA. L'erreur la plus fréquente : courir ses séances de seuil trop vite, à une intensité proche de la VMA. Résultat, on transforme une séance censée être tenable en sprint, et on rate l'effet recherché.

Vivre dans la zone grise. Beaucoup de coureurs passent leurs footings entre SV1 et SV2 : trop rapides pour bien récupérer, trop lents pour vraiment développer le seuil. Cette « zone grise » fatigue sans faire progresser.

Viser une valeur fixe. Prendre 2 mmol/L, 4 mmol/L ou « 220 moins l'âge » comme des vérités absolues, c'est ignorer ta physiologie propre.

Oublier que le seuil bouge. Tes seuils se déplacent avec l'entraînement. Des zones calées il y a six mois sont probablement déjà dépassées. Réévalue-les régulièrement.

FAQ

SV1 ou SV2, lequel faut-il travailler ?
Les deux, mais pas dans les mêmes proportions. La masse de ton entraînement se fait sous SV1 (endurance fondamentale). Le travail spécifique au seuil cible plutôt SV2, en quantités plus modestes. C'est l'équilibre entre les deux qui fait progresser.

À quelle fréquence cardiaque se situe mon seuil ?
Il n'y a pas de réponse universelle. À titre indicatif, SV2 se situe souvent autour de 85 à 92 % de la FC max, mais cela varie fortement d'un individu à l'autre. Un test de terrain de 30 minutes te donnera une estimation bien plus fiable qu'une formule générique.

Combien de séances au seuil par semaine ?
Pour la plupart des coureurs amateurs, une à deux séances de qualité par semaine suffisent, le reste en endurance facile. Au-delà, le risque de fatigue accumulée et de stagnation augmente.

Mon seuil peut-il s'améliorer ?
Oui, et c'est tout l'intérêt. Un entraînement bien construit repousse tes seuils : tu deviens capable de soutenir un pourcentage plus élevé de ta VMA, donc d'aller plus vite plus longtemps.

Faut-il un test en laboratoire ?
Ce n'est pas indispensable pour progresser. Un test labo apporte de la précision, mais les repères de terrain (test de parole, contre-la-montre de 30 minutes, sensations) suffisent à caler des zones d'entraînement exploitables.

En résumé

Les seuils, ce sont les deux bascules qui structurent ton effort : SV1 marque la fin du tout-confort, SV2 la limite de ce que tu peux tenir longtemps. Ils comptent davantage que la VMA pour prédire ta performance sur la plupart des distances, et ils se déplacent à l'entraînement. Tu peux les estimer sans laboratoire, à condition de rester lucide sur les limites de chaque méthode — et de réévaluer régulièrement.

Comme tu l'as vu, il n'existe pas de seuil universel : deux coureurs de même VMA peuvent avoir des seuils, et donc des allures de travail, très différents. C'est là que l'accompagnement personnalisé prend tout son sens. Les coachs de la plateforme SUUB partent de tes données et de tes sensations pour définir tes propres zones, plutôt que de te coller des pourcentages tout faits. C'est la différence entre suivre un tableau trouvé en ligne et progresser dans un cadre réellement calibré pour toi.

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VMA en course à pied — le plafond aérobie qui sert de référence aux % d'allure

VO2max — la cylindrée moteur derrière les seuils